Georges KALALA LUNGENYI
À travers la biographie de mon père, je veux éclairer les conditions de vie d’une génération, les luttes qu’elle a menées, les renoncements qu’elle a subis, et les espoirs qu’elle a transmis. Ce n’est pas un simple hommage : c’est une prise de parole, une volonté de replacer son histoire dans le tissu plus large de notre mémoire collective.
Vingt ans ont passé depuis que mon père Georges Kalala Lungenyi nous a quittés. Deux décennies de silence apparent, mais de murmures constants dans ma mémoire, dans mon cœur, dans les gestes que je répète sans m’en rendre compte. Écrire cette biographie aujourd’hui, ce n’est pas seulement raviver son souvenir — c’est lui redonner une voix, une place, une lumière dans le présent.
Je n’écris pas pour clore un chapitre, mais pour en ouvrir un nouveau. Celui où je peux enfin raconter, comprendre, transmettre. Le temps a fait son œuvre : il a adouci les douleurs, raviver les souvenirs, et surtout, il m’a donné la maturité nécessaire pour regarder mon père non plus seulement comme le héros de mon enfance, mais comme un homme, avec ses forces, ses failles, ses combats.
Ce récit est un hommage, son histoire, ses empreintes. C’est aussi une manière de dire à ceux qui l’ont connu — et à ceux qui ne l’ont jamais rencontré — que son histoire mérite d’être entendue. Parce qu’elle parle de lui, mais aussi de nous, de ce que nous transmettons, de ce que nous devenons.
Georges Kalala Lungenyi, est né le 29 février 1951 à Kalemie, troisième dans une fratrie de six enfants dont trois filles et trois garçons. Originaire de Tshilenge dans la province de Kassai Oriental. Fils de Boniface BUKASSA et Melanie KAPINGA. Il nous a quittés le 15 novembre 2005, laissant derrière lui une veuve et quatre enfants, un héritage de valeurs, de souvenirs et de silences que j’ai voulu explorer à travers ces pages. Il fût ses études secondaires à l’Institut Techniques Professionnel ‘’ ITP’’ Bumbu en section construction. Après avoir décrocher son diplôme d’état, Il poursuivit ses études universitaires à l’Institut de bâtiment et travaux publics dont il a été couronné d’un diplôme d’ingénieur en BTP. Il a poursuivi un autre cursus à l’Institut de voiries et drainages en pont et chaussé.
DORCAS NDAYA
10 November 2025
Je me mets tellement à sangloter que je prie que cette fois ça soit possible que je commence à chercher ces témoignages, parce que ce sera tellement émouvant.
Parler d'une personne qui a marqué ma vie, une personne qui a laissé des empreintes indélébiles dans toute mon enfance, la personne de Kalala Lungenyi Georges.
Moi, je n'ai pas grandi en l’appelant comme elle. Pour nous, c'était grand-papa. Grand, pas seulement parce que c'était notre grand-père, mais grand à cause de son grand cœur.
Je suis née dans la parcelle familiale. Il m’a vit naître est peut-être que le souvenir de l'époque où j'étais nourrisson me serait presque impossible à revenir. Mais à partir de mes trois ans, je me souviens de plein de choses de lui.
Le jour de la rentrée, mon premier jour d'école en tant qu'élève à la maternelle, il m'a offert 20 francs à l'époque. Ça m'a marqué parce qu'avec cet argent, je suis allée, j'ai acheté ma gourde, ma première gourde de l'école, mes premières fournitures de l'école, je les ai achetées avec cet argent.
À cet âge, j'ai dit que je serais médecin. Et depuis, il m'a encouragée. C'est lui qui m'a orientée, qu’il m’a aidé dans l’orientation scolaire, il a tellement été présent dans ma vie que le jour de sa mort j’ai été brisé. Mais avant d'y arriver, je parlerai de mon parcours avec lui. Deux dimanches sur quatre, il me prenait sur ses épaules. Nous quittions Limite salongo jusqu’à Lemba salongo à pied ses épaules. En chemin, bananes, cacahuètes, bonbons, chocolat, biscuits, sans compter toutes les anecdotes de son enfance qu'il nous racontait en chemin. Nous faisions devirer, quittant Lemba Salongo, on va à Banunu, à Matete, on passe vers Lemba Terminus, Lemba Terminus, on passe à Camp Riche, et puis on va se rendre au niveau de Lemba Salongo, chez son grand-frère. Au retour, on prenait le bus pour diminuer les trajets, mais on n'allait jamais avec le moyen de déplacement.
Et une fois dans la semaine le soir, ils nous racontaient les histoires de notre village. J'ai appris que j'étais une Mwenakalala par lui. J'ai appris que c'est notre village, notre culture, par lui. Les premiers mots en Tshiluba, c'est par lui. J'étais fière de dire que je suis Mwenakalala, Mwenantalaja. Mon village, c'est Tshibata, je suis une Mukwakalonji, de Mbujimayi, du Kasai Oriental, de la Chefferie.
Nos descendants, nos ancêtres c’est Kalala Dibwe et Mutombo Katshi ce sont des choses que je n'oublierai Jamais, alors jamais. J'ai grandi, après un moment nous avons quitté chez lui Parce qu'on avait trouvé un chez nous avec nos parents, mais toute la semaine, chaque semaine, ça ne manquait d'ailleurs pas le week-end, nous étions là à rendre visite à grand papa. A chaque fois qu'on faisait nos premiers pas, comme il avait ses canards, ses dindes, des lapins, ses poules, on avait droit de choisir ce que l’on voulait. Donc un enfant marche, fête un anniversaire, une réussite à l'école, Il y avait un animal qui était abattu pour célébrer l'occasion.
Et j'étais en cinquième primaire, le jour où un lundi j'étais à la cellule, je ne trouvais personne. Je me dis, je ne peux pas rester comme ça je vais passer chez mon grand-père. Arrivé là, il n'y avait personne pour me raccompagner chez nous parce qu’il se faisait tard. J'ai dû attendre mon oncle jusqu'à 21h qui me prend, m'emmène jusque chez nous. Je dors, je me réveille le matin à 6h.
Je vois mes cousines et mes autres petites-tantes qui arrivent me disent Grand-papa est mort. Je riais, je rais parce que je pensais que c'était une blague. Une personne que j'ai laissée à 22h en bonne santé, j'arrive chez nous à 23h, mes parents appellent pour signaler que j'étais bien arrivé, qu’il allait bien. Et ils m'ont dit le matin qu'il est décédé.
A cet âge-là, je n'avais pas encore la perception, la conscience que la mort existait comme aujourd'hui. Ça m'a brisé. Quand je me suis rendu compte que c'était réel et qu'il était vraiment mort, mes parents ne voulaient pas qu'on aille là où se tenait le deuil, le recueillement familial, jusqu'au jour où on devait lever les corps, on vient nous prendre mes frères et moi. On s’est approché devant le cercueil de celui qu'on avait tant chéri. Je n'avais pas encore pleuré que ça me dépassait.
Je regardais la dépouille mortuaire sans un mot. Ma grand-mère approche et me dit, Ndaya « Regarde grand-papa ». Et c'est là que je resenti qu'il n'y reviendra plus, qu'il n'y aura plus de balades avec lui, plus de bananes à l’arrêt Gare de Matete, plus de poissons frais à Petro-Congo-Sep. Il n'y aura plus de traversées à pirogues. Il n'y en aura plus tout ça, Il n'y aura plus d'histoire de Benakalala, Il n'y aura plus d'histoire de Tshibata de Mbuji-Maya, Il n'y en aura plus. J'ai pleuré, J'ai pleuré au point où j'étais au bord de faire une crise. On nous a ramené chez nous. Nous n'avions rien dit. Nous n'avions pas pu manger mes frères et moi. Et le lendemain, nous sommes tous tombés malades.
Il y a de certains pour qui ça fait une semaine, mais pour moi, j'ai passé juste trois jours de diarrhées sans arrêt. Tout traitement ne marchait pas. Notre maman nous a emmenés chez le pédiatre. Tous les examens ne montraient rien. Alors il a demandé si on a eu un événement en famille qui nous a bouleversés. Il a dit effectivement leur grand papa est mort. Il a dit c'est pour ça qu'ils sont malades. Je me suis rendu compte que les personnes qui sont chères, au-delà de l'émotion, au-delà de ce que l'âme subit, le corps aussi subit de graves changements, un grave choc lorsqu'on perd une personne qu'on aime beaucoup.
À jamais tu seras dans nos mémoires, Grand papa. Nous t'aimerons à jamais.
Eliane KAPINGA
10 November 2025
À la mémoire de mon père, un homme de cœur et de sagesse dont l’amour, la force et les valeurs continuent d’éclairer nos vies.
Mon père aimait la musique jazz. C’était son univers, son refuge, sa façon de se détendre et de savourer la vie. Il aimait aussi cuisiner, surtout son fameux riz boulaï, qu’il préparait avec soin et fierté. À travers ces petits plaisirs, il exprimait son amour de la vie et des siens.
Ce qui rendait mon père heureux, c’était la réussite et le progrès des autres. Il était fier non seulement de ses enfants, mais aussi de ceux de ses frères. Pour lui, nous étions tous égaux — il ne plaçait jamais ses propres enfants au-dessus des autres. Il avait ce sens profond du partage, de la famille et de la justice. La réussite de chacun le comblait de joie, peu importe l’âge ou le lien de sang. Voir les enfants de ses frères avancer dans la vie le rendait aussi fier que nos propres réussites.
Je me rappelle un jour où ma sœur aînée avait dit en plaisantant que notre frère était "l’héritier" de papa. Il n’avait pas apprécié cette remarque et lui avait répondu, avec ce ton ferme mais juste qu’on lui connaissait :
« Dans notre maison, tout le monde est héritier. »
Cette phrase résume à elle seule sa vision de la famille — une maison d’égalité, de respect et d’amour partagé.
Papa aimait les gens. Il était rarement seul, toujours entouré. Il avait le don d’attirer les autres par sa gentillesse, son écoute et sa présence. Il prenait soin de tout le monde — même des inconnus, même des enfants du quartier. Sa bonté n’avait pas de frontière. Il voyait le bien dans chacun et tendait toujours la main à celui qui en avait besoin.
Mais il avait aussi cette autre facette : un homme comique, taquin, plein d’humour. Il aimait faire rire, détendre l’atmosphère, taquiner juste pour arracher un sourire. Derrière son sérieux, il cachait une âme joyeuse, un cœur plein de vie.
Il a joué son rôle de père jusqu’à son dernier souffle.
Même lorsque nous ne comprenions pas nos leçons, il était là, patient, pour nous expliquer encore et encore. Il voulait que nous apprenions, que nous grandissions, que nous devenions meilleurs.
Il nous a protégés avec force et tendresse.
Je n’oublierai jamais les mots de sa sœur, le jour qui a suivi son enterrement. Elle nous a dit :
« La personne qui vous protégeait n’est plus là. Faites maintenant de votre mieux pour bien vous comporter. »
Cette phrase m’a profondément marquée, parce qu’elle disait la vérité : papa était notre rempart, notre gardien.
Il avait aussi une expression qu’il aimait répéter, souvent avec un sourire au coin des lèvres :
« Les bons comptes font les bons amis. »
Il disait ça surtout à cause de ma sœur, qui, parfois, oubliait de rendre la monnaie quand on l’envoyait faire une course !
C’était sa façon à lui de nous apprendre l’honnêteté, la transparence et le sens des responsabilités.
Mon père, c’était tout cela : la rigueur et la douceur, l’humour et la sagesse, la générosité et la fermeté.
Il nous a appris à aimer, à pardonner, à nous soutenir.
Il a bâti autour de nous un monde de valeurs et d’amour, un héritage plus précieux que tout ce qu’il aurait pu posséder.
« Pour toujours, tu vivras dans mon cœur. »
Roliane KAYIBA KALALA
10 November 2025
Mon père était un homme d’une grande droiture, aimant, honnête, calme mais aussi un provocateur quand il le fallait. Il était un père présent, un pilier et un guide. Travailleur infatigable, il incarnait la rigueur et la sagesse. À la maison, il était bien plus qu’un parent : il était notre professeur à domicile. Il maîtrisait les mathématiques, la physique, le français et bien d’autres matières. Il ne se limitait pas à nous enseigner, ses propres enfants : il partageait aussi son savoir avec nos ami·es, sans jamais se lasser.
L’éducation, pour lui, était une mission de vie.
Je me souviens encore de ses habitudes simples mais pleines de tendresse. À son retour du travail, il aimait s’installer sous l’arbre de la cour, un Vitalo à la main. J’adorais m’approcher de lui à ce moment-là — c’était notre petit rituel. Lors des sorties familiales, il insistait toujours pour que nous mangions avant de partir, répétant souvent les paroles d’une chanson de Lifoko du Ciel : « C’est toujours pendant les fêtes que les enfants de Dieu sont tués. » Cette phrase, il la disait avec sérieux. C’était sa manière à lui de nous protéger. Cela le rendait prudent et protecteur. Nous étions toujours les premiers à arriver aux fêtes, mais aussi les premiers à repartir. La ponctualité faisait partie intégrante de sa vie.
Il nous répétait souvent : « On ne dit jamais au revoir lorsqu’on quitte un deuil, car on ne sait jamais ce qui peut arriver. » Elle résonne encore en moi aujourd’hui, pleine de sagesse et d’humilité. Cette phrase est restée gravée dans ma mémoire. Il a élevé ses neveux et nièces comme ses propres enfants, sans distinction ni préférence. Chez lui, tout le monde recevait le même amour, le même respect, la même éducation. C’était un homme de paix, un homme de justice, un homme de cœur.
Parler de lui sans laisser couler des larmes est difficile. Il avait un cœur irréprochable, un amour pur et sincère. Nous avons grandi entourés d’amour, de pardon et de solidarité.
Main dans la main, il nous a appris à nous soutenir, à rester unis, quoi qu’il arrive. Il nous a transmis la joie de vivre, la discipline, la paix et le sens du devoir. J’ai grandi avec le vide de son absence, une douleur silencieuse, souvent ravivée par le sentiment d’injustice — celui de me dire que s’il était encore là, certaines choses auraient été différentes. Il voulait avant tout que nous réussissions dans la vie, et j’aurais tellement voulu qu’il soit présent à ma graduation de maîtrise. Je m’imagine encore son regard plein de fierté.
Je n’oublierai jamais ce 14 novembre, la veille de sa mort. Ce soir-là, après le service, il avait mangé comme d’habitude, me laissant toujours une part, un geste devenu presque rituel. Vers deux heures du matin, ma mère m’a réveillée pour me dire que mon père ne se sentait pas bien et qu’il fallait l’amener à l’hôpital. J’ai fermé la porte derrière eux… sans savoir que c’était la dernière fois que je le voyais vivant. Au petit matin, vers cinq heures, j’ai entendu des cris et des pleurs à l’entrée. Sans un mot, sans un cri, j’ai compris. Les larmes ont coulé toutes seules — je venais de perdre mon père.
Papa, Je suis fière d’être sa fille. Je te suis profondément reconnaissante pour tout ce que tu as fait, pour les valeurs que tu nous as transmises, pour ton amour constant et ta foi en nous. J’aurais voulu que tu sois là pour m’accompagner à chaque étape de ma vie, pour me conseiller, m’encourager et me rappeler de rester forte. Tu as été, tu restes et tu resteras pour toujours mon modèle de vie. Je porte en moi une partie de ton âme, et c’est ce qui me rend forte.
Tu me manques, papa. Ton absence laisse un vide que rien ni personne ne peut combler. Mais tout de toi vit encore en moi, dans chacun de mes gestes, dans chacune de mes réussites, et dans la façon dont j’aime et protège à mon tour. Tu es et resteras pour toujours mon repère, mon étoile, mon héros silencieux.
« Rien n’effacera ton empreinte, car tu vis dans chacun de mes battements de cœur papa. »
Jacques KABENGELE
11 November 2025
Grand papa, ce n'est pas pour rien que nous l'appellions pas grand père ou Pépé, mais "grand" Papa, c'était vraiment notre papa grand, le seul grand père que l'on a réellement connu, c''est par lui que j'ai connu la géométrie, l'algèbre, toujours souriant et très aimable mais aussi rigoureux, il a laissé une trace indélébile dans nos mémoires et notre existence.
Dieu garde son âme
C'était un ami et un compagnon extraordinaire.
Un mari exemplaire
Un bailleur comme on n'en fait plus !
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